La Non-Violence

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La non-violence, énergie de changement

 

  La non-violence est un potentiel humain de changement d’une réalité de violence, chez l’homme, individu, groupe ou société ; elle  inclut la théorie, l’éthique et la praxis ; les trois thèmes sont liés et interdépendants.

 

1.    La théorie de la non-violence

 

1-1  Tout être humain est, parmi les créatures de l’univers, le seul qui a une valeur absolue.

 

1-2  Tout être humain a un premier droit : celui d’être considéré comme valeur absolue et par conséquent d’être considéré comme but et non comme moyen, comme un sujet, non comme objet ; il en est de même pour tout groupement humain et pour toute société.

 

1-3   Tout ce qui porte atteinte à un être ou à un groupe humain, en tant que valeur absolue, ou comme fin ou agent, est considéré comme violence ou injustice, comme inadmissible. Il en est de même pour tout ce qui porte atteinte à l’une de ses valeurs fondamentales : son identité, son individualité, sa vie, son intégrité, sa liberté, son indépendance, son caractère, sa croissance, sa perfectibilité, son égalité par rapport à autrui…Ces valeurs sont les droits fondamentaux de l’homme, émanant du premier droit duquel découlent tous les autres.

 

1-4  Tout être humain, s’il est cause subjective ou objective de la violence ou de  l’injustice, n’est pas exempt d’une conscience capable de lucidité, de changement de son jugement et de son comportement et par conséquent capable de modifier la réalité injuste dont il tire profit.

 

2.    L’éthique de la non-violence

 

2-1 Tout ce qui est contraire à la réalité humaine ou au groupement humain, doit être écarté ou éliminé dans les deux domaines religieux et civil et dans tous les domaines sociaux, économiques, politiques et culturels

 

2-2 Tout ce qui convient à l’être humain ou au groupement humain, est autorisé, mais il devient une obligation quand il est possible et que sa négligence produit un effet opposé.

 

2-3  Quelques aspects de la réalité, (relations, affaires, constitutions, lois et états de fait) vont de manière évidente contre l’être humain ou le groupement ou la société, et sont donc violents et injustes et il faut les éviter.

 

2-4  Il y a aussi des aspects opaques et confus qui ne semblent pas être nettement contre  l’être humain, le groupement ou la société, mais qui nécessitent une analyse pour préciser leurs buts réels ; on peut alors les accepter ou les refuser comme aspects de violence et d’injustice. On peut les classer en 3 catégories : « Pour » les autres, « sur » les autres ou « avec » les autres. Le dernier est celui qui prête le moins à confusion et le plus compatible pour la création d’une société non violente.

 

2-5  Un objectif juste ne justifie pas un moyen injuste ou violent quel que soit l’enjeu.

 

 

3.          La praxis de la non-violence

 

3-1 Il y a deux sortes de non-violence : l’une positive, l’autre négative

–         La non-violence négative se contente de s’abstenir de commettre des actes de violence ou d’avoir un rapport de violence vis-à-vis d’un homme, d’un groupement ou d’une société ; elle fait partie de l’éthique traditionnelle.

–         La non-violence positive est celle qui organise les relations d’un homme ou de ses actes, dans le but de lever, toute violence directe ou indirecte, à son égard.

 

3-2 La non-violence positive issue du respect total de l’homme comme personne, groupement ou société est une vraie praxis ou action de changement, c’est-à-dire un faisceau d’activités productrices d’énergie capable de remplacer une réalité violente, injuste, par une réalité juste et non-violente, en n’ utilisant aucun moyen violent ou injuste.

 

3-3 L’exercice de la non-violence comporte une technique capable d’être efficace contre la force de violence tout en sachant que cette technique est mal connue et son application difficile.

 

3-4 Cette technique comporte trois étapes : la préparation, l’action, l’évaluation.

 

3-5 La préparation

            La préparation est double : personnelle et objective

–         La préparation personnelle comporte surtout les points suivants :

– la connaissance de la théorie et de l’éthique de la non-violence ;

– l’exercice de la non-violence négative avec tout le monde ;

– l’apprentissage de la non-violence positive et de sa technique ;

– l’exercice de cette technique dans certains cas d’injustice dans un cadre         limité ;

– la conscience que l’exercice sérieux de la non-violence peut provoquer en retour de la violence arrivant jusqu’à l’emprisonnement et la mort ;

– l’acceptation d’avance de cette possibilité et de ses résultats, dès que l’on y est préparé ;

– la préparation de l’esprit et de l’âme pour affronter ces résultats et pour dépasser la peur ou la contrôler.

 

–         La préparation objective comporte surtout les points suivants :

– la constitution d’un groupe ou de plusieurs groupes préparés personnellement ;

– l’analyse, entre eux, des lieux de l’injustice et de ses causes ;

– la conscience claire d’un projet de société commun entre eux ;

– l’analyse des éléments d’une réalité juste de remplacement et les propositions pratiques pour sa réalisation ;

– la planification d’une ligne de conduite commune qui comporte les moyens adéquats ;

– l’analyse de ces moyens et l’assurances qu’ils sont entièrement non-violents ;

– l’assurance que les désistements politiques possibles ne comportent pas de désistement de l’éthique ou la démission ou le recul au niveau de la théorie ou des principes ;

– la coordination et l’entraide avec les Organismes déjà présents qui cherchent à influencer la réalité injuste ;

 

3-6 L’action

L’action non-violente est la réalisation sur le terrain du projet prévu ; il peut utiliser des moyens non-violents, selon un « crescendo », quant à la force employée, son adéquation et son efficacité que l’on peut regrouper en deux volets ( inséparables et interactifs) : la qualité du discours et celle de l’action.

 

3-7 La qualité du discours comporte surtout :

–         le dialogue avec les responsables de la violence (de manière consciente ou non, personnelle ou objective), doit expliquer ses raisons et ses objectifs, avant, pendant et après l’action, et doit laisser la porte ouverte à un accord pendant l’action ;

–         le dialogue avec les victimes de la violence dans le but de les sortir de la violence et de les inclure dans le dialogue et si possible dans l’action ;

–         l’information de l’opinion publique ou du moins le secteur concerné -ou supposé l’être- par la violence, en vue d’intensifier leur prise de conscience et de les faire participer à la pression exercée sur les responsables de la violence ;

–         la déclaration de la vérité de la réalité violente, en face de ses auteurs, sans rien y ajouter ni réduire et sans rancune, mais avec calme et amour –et avec humour- si possible, déclaration de cette réalité telle qu’elle a été reçue et sans la considérer comme absolue, dans le but d’éveiller leur conscience et de porter un jugement non pas sur les personnes mais sur les faits, les structures, les lois et les situations, avec la reconnaissance de leur implication personnelle dans une partie de cette réalité injuste ;

–         déclaration collective d’un groupe qui comporte au moins un représentant des victimes de l’injustice et un représentant de ceux qui savent l’exprimer de manière claire et aimante.

–         La revendication du changement qu’il est possible d’accomplir, basé sur l’analyse sociale et les propositions pratiques.

 

      3-8 La prise de conscience pratique comporte les points suivants :

–         la manifestation  verbale publique à travers des mouvements et des actions qui s’adressent aux sentiments, au cœur et à l’intelligence ;

–        la manifestation marche, silencieuse ou avec slogans et chants ;

–        le sit-in, debout assis ou étendu, en silence ou avec paroles ;

–        le jeûne, individuel ou par groupe, symbolique ou continu…jusqu’avant le risque de mort ;

–        la grève, limitée en nombre ou globale, limitée dans le temps ou ouverte ;

–        Le boycottage rupture économique, social et culturel ;

–        la résistance pacifique  dans le cadre de la loi ;

–        la désobéissance civile en dehors du cadre de la loi mais dans le cadre de la vraie justice et de la non-violence

 

4.    L’évaluation

 

Il est indispensable que la préparation de l’effort de la non-violence qui accompagne l’action de non-violence s’exécute avec son évaluation en ce qui concerne sa justesse et sa véracité exemptes de tout soupçon de violence.

On ne détaillera pas l’évaluation dans ce livret ; elle aura lieu au cours du dialogue.

 

 

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باسل عبدالله - تواصل مدني

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